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Histoire du go

Les origines

Les origines du go restent mystérieuses. Une possibilité est qu'il soit né au Tibet il y a plusieurs milliers d'années, ce qui en ferait le jeu le plus ancien encore pratiqué de nos jours.

En Chine, des légendes évoquent la paternité de l'empereur Yao (2324-2206 av. J.C.) ou de son successeur Shun (2294-2184 av. J.C.) qui auraient inventé ce jeu afin d'éduquer leurs fils.

Empereur Yao
L'empereur Yao (source : cultural-china.com)
Empereur Shun
L'empereur Shun (source : cultural-china.com)

Une autre légende attribue l'invention du jeu à un certain U pour distraire le suzerain dont il était le vassal.

Période pré-classique

La période pré-classique s'étend jusqu'aux environs de l'an 1600.

Les premières références au go apparaissent dans les annales Printemps et Automne (entre 722 et 481 av. J.C.).

Confucius (551-479 av. J.-C.) évoque aussi le go dans ses "entretiens".

Les premiers traités de go apparaissent en Chine au IIIe siècle après J.C. à la fin de la dynastie des Han (25-220 ap. J.C.). La plus ancienne partie dont le début nous est connu entre Sun Ce, prince de Wu, et Lu Fan, son général, figure dans l'un de ces traités, "les diagrammes de Wu".

Partie la plus ancienne connue

Le go connaît alors un fort développement en Chine et est intégré aux trois autres arts sacrés (peinture, musique et calligraphie).

Le go est introduit en Corée vers 500 ap. J.C. et au Japon vers 700 ap. J.C.

Mokuga shitan kikyoku
"Mokuga shitan kikyoku", le plus vieux goban au Japon, VIIe siècle

Le niveau de jeu est déjà très fort à cette période. Certains recueils de problèmes comme par exemple le Xuanxuan Qijing (1349) sont aujourd'hui encore très étudiés.

Xuan xuan qi jing
Une des nombreuses rééditions du "Xuan xuan qi jing"

Période classique

La période classique commence aux environs de l'an 1600 avec l'unification du Japon par les shoguns.

Ceux-ci vont permettre l'apparition d'un système professionnel très structuré. Quatre écoles de go (Honinbo qui existait déjà lors de l'arrivée des shoguns au pouvoir, et trois nouvelles écoles : Hayashi, Inoue et Yasui), se disputent des postes de fonctionnaires et le titre très rémunérateur de godokoro.

Des parties dites "de chateau" se jouent devant l'empereur et le shogun (en théorie du moins, car en pratique ces derniers n'étaient pas forcément présents).

La théorie évolue considérablement. Plusieurs joueurs de cette époque laissent leurs noms dans l'histoire du go, et en particulier Kuwabara Torajirō (1829-1862) plus connu sous le nom de Shusaku.

Honinbo Shusaku
Honinbo Shusaku (source : wikimedia.org)

Période post-classique

La période post-classique débute avec la restauration Meiji au Japon (1868). L'empereur reprend le pouvoir aux shoguns.

La chute des shoguns met fin à la rémunération des écoles de go par l'État. D'autres sources de financement doivent être trouvées. Il s'ensuit une période où ce sont des mécènes et des sponsors qui prennent le relais. Le système professionnel japonais réussit ainsi à survivre.

Le go arrive en Occident (en Autriche-Hongrie qui est alors une grande puissance mondiale, et en Allemagne) à la fin du XIXe siècle.

La Nihon Ki-in, principale association de professionnels japonais actuelle, est fondée en 1924.

Salle de jeu de haut niveau à la Nihon Ki-in
Salle de jeu de haut niveau à la Nihon Ki-in, crédits : John Pinkerton/American Go E-Journal

L'AGA (American Go Association) est créée en 1934.

En 1938 se joue une partie entre Shusai, dernier grand maître de l'école Honinbo, et Kitani Minoru, le plus brillant représentant avec le chinois Go Seigen de la jeune génération de cette époque. Cette partie, immortalisée dans le roman "Le maître ou le tournoi de go" de Kawabata Yasunari (1899-1972), qui par ailleurs recevra le prix Nobel de littérature en 1968, marque sans doute la fin de cette transition entre la période classique et la période moderne.

Partie dite de la retraite du maître

Période moderne

La période moderne débute juste avant la Deuxième Guerre mondiale.

Les grands titres existants deviennent la propriété de sponsors qui organisent des tournois richement dotés. D'autres titres sont créés. La couverture médiatique prend de l'ampleur.

Malgré la guerre, les compétitions continuent. Du 4 au 6 août 1945 se joue à Hiroshima la deuxième partie de la finale du troisième Honinbo, entre Hashimoto Utaro et Iwamoto Kaoru. Or, le 6 août, la fameuse bombe atomique "little boy" est larguée sur la ville. Par chance, les dégâts sur le lieu du match sont mineurs, la partie se jouant dans les faubourgs suite à l'insistance de la police pour qu'il en soit ainsi.

Partie dite de la bombe atomique

Une deuxième association de professionnels japonais, la Kansai Ki-in, est créée dans la région d'Osaka en 1950.

Le go s'internationalise. Il se structure en Corée, en Chine et à Taiwan. La Hankuk Kiwon est créée en Corée en 1954. La Zhongguo Weiqi Xiehui est créée en Chine en 1962 (elle fait partie aujourd'hui de la Zhongguo Qiyuan, agence gouvernementale fondée en 1991 qui regroupe les jeux de plateau et de cartes). La Taiwan Qiyuan est créée à Taiwan en 2000.

Le go se développe en Occident. Le premier championnat d'Europe a lieu en 1938. Il devient annuel à partir de 1957. La même année est créée l'European Go Federation. L'Association Française de Go, qui deviendra par la suite la Fédération Française de Go, est créée en 1969. Le premier championnat de France se tient en 1971. La Revue Française de Go apparaît en 1979.

Revue Française de Go N°1
Premier numéro de la Revue Française de Go

Un championnat du monde amateur est créé en 1978. Puis une fédération internationale, l'International Go Federation, voit le jour le 18 mars 1982.

Au plus haut niveau, les Japonais dominent jusqu'aux années 1980. Puis les Coréens vont progressivement les rattraper et les dépasser. Les Chinois deviennent eux aussi redoutables et remportent de nombreux titres internationaux.

Un système professionnel est mis en place aux USA à partir de 2012 et en Europe à partir de 2014. Les meilleurs joueurs occidentaux sont cependant encore assez loin de pouvoir rivaliser avec les meilleurs joueurs mondiaux.

Les logiciels de go deviennent forts eux aussi. En 2015, l'un d'entre eux, baptisé AlphaGo, bat le premier un professionnel, le français d'origine chinoise Fan Hui qui a été plusieurs fois champion d'Europe, sur le score de 5 parties à 0 sur un goban 19x19 et sans handicap 1 2 3 4 5 (d'autres logiciels comme Mogo, CrazyStone et Zen avaient toutefois commencé à partir de 2008 à battre des professionnels sur des gobans 9x9 ou à faible handicap). Puis en Mars 2016, AlphaGo bat le professionnel coréen Lee Sedol, qui a dominé le go mondial pendant près de dix ans, sur le score de 4 parties à 1 1 2 3 4 5.

DeepMind Challenge Match
Affiche du DeepMind Challenge Match

En avril 2016, Iyama Yuta devient le premier joueur à détenir simultanément les sept plus grands titres japonais (Kisei, Meijin, Honinbo, Judan, Tengen, Oza et Gosei).